Dossier | L’intolérance au gluten

Ce dossier concerne la cœliaquie, une maladie auto-immune héréditaire que je connais que trop bien puisque j’en souffre moi-même.

Je suis donc contrainte comme tous les autres cœliaques à suivre un régime « sans gluten » à vie.

Je t’explique ici en long et en large le « pourquoi du comment » de cette maladie, sans devoir faire des cours d’immunologie ni de physiopathologie digestive…

  1. Définition
  2. Prévalence
  3. Synonymes (& confusions à éviter)
  4. Symptômes, facteurs de risques, comorbidités & complications
    1. Symptômes de la coeliaquie
    2. Facteurs de risques de la coeliaquie
    3. Comorbidités de la coeliaquie
    4. Complications de la coeliaquie
  5. Diagnostic
  6. Traitement

Définition

La définition de la cœliaquie a beaucoup évolué au fil du temps, et en particulier dernièrement, grâce aux avancées considérables et exponentielles de la médecine et de la diététique moderne. En effet, bien qu’évoquée comme ensemble de symptômes dès le premier siècle après JC, la cœliaquie est restée une énigme totale pour le corps médical jusque tout récemment !

Le lien entre la cœliaquie et la consommation de gliadines de blé n’a été mis en lumière qu’en 1950, et sa nature auto-immune n’a été comprise que dans les années 1990…

Des siècles durant, on ne voyait et ne comprenait la cœliaquie que part le prisme déformant des enfants atteints de complications sévères et qui arrivaient dans un état déjà critique de grande dénutrition et d’inflammation, pour mourir quelques mois ou années plus tard à l’hôpital , en l’absence de moyens diagnostiques et de soins appropriés comme ceux dont nous disposons aujourd’hui…

Si la petite Histoire de la cœliaquie t’intéresse, retrouve-la ici , mais retiens en tous cas que ce n’est que tout dernièrement que nous avons compris que la cœliaquie était une maladie auto-immune génétique et systémique, très probablement encore sous-estimée et sous diagnostiquée parce que souvent peu symptomatique voire asymptomatique. Une maladie qui lorsqu’elle n’est pas ou mal traitée, peut en réalité faire des dégâts dans tout le corps, bien au-delà du seul intestin grêle…

En 2023, l’ESPGHAN articule la définition de la cœliaquie autour des 4 notions suivantes :

  • une maladie dysimmunitaire systémique
  • initiée par la gliadine et prolamines proches
  • survenant des sujets génétiquement prédisposés
  • et caractérisée par la combinaison variable de manifestations cliniques diverses, d’anticorps spécifiques et d’une entéropathie chez les personnes ayant le phénotype HLA DQ2 ou HLA DQ8

En d’autres termes, la cœliaquie est une maladie inflammatoire chronique auto-immune systémique, se caractérisant par une atrophie des microvillosités de l’intestin grêle suite à leur auto-destruction, laquelle est provoquée par une réponse immunitaire inappropriée du corps humain vis-à-vis de protéines bien précises contenues dans certaines céréales alimentaires (prolamines), en particulier celles du blé et des céréales de la même famille.

À ce stade, tu vas certainement me dire « ok, ça reste quand même compliqué comme définition, mais surtout, où est finalement mentionné « le gluten » dans tout ça !? »

Le gluten n’est pas une molécule présente en tant que telle dans la nature ni les aliments. Il s’agit en réalité d’une molécule complexe, constituée de gliadines (issues des céréales incriminées dans la cœliaquie) et d’eau, qui se forme de manière secondaire, lors de l’utilisation humaine des farines (plus précisément lors de la panification) en boulangerie et lors de procédés industriels… Comme cette molécule une fois formée est très collante et élastique (c’est tout de même elle qui permet aux pâtons de farines de lever sous l’action des levures), on lui a donné ce nom de « gluten » qui vient littéralement du mot « glue »… Ce qu’il faut aussi savoir, c’est qu’il s’agit d’une molécule qui n’est pas digérée ni absorbée par notre intestin, et qui passe donc quasi directement dans nos selles, au même titre que les fibres insolubles des végétaux de notre alimentation. Il faut aussi bien comprendre que la présence de gluten dans la lumière intestinale ne pose aucun problème particulier chez les individus sains ou non-cœliaques (soit plus de 98% de la population), en revanche chez certains, elle peut provoquer des ballonnements et des irritations chez les personnes dont l’intestin est sensible aux fibres (SII), et même des réactions immunitaires, voire auto-immunitaires chez les personnes respectivement allergiques et/ou cœliaques. Pour les personnes atteintes de cœliaquie, la présence de ces gliadines contenues dans les molécules de gluten, va en effet provoquer au contact de leur intestin, une réaction « d’auto-destruction » de la paroi intestinale, découlant d’une réponse inappropriée du système immunitaire.

Prévalence

En 2023, on estime que la cœliaquie concerne en Europe, environ 1,5% de la population générale.

Synonymes (& confusions à éviter)

La compréhension de la cœliaquie ayant donc pas mal évolué dans le temps, plusieurs synonymes de cette pathologie sont encore parfois d’usage aujourd’hui, même si l’information et les consensus tendent à se diffuser de mieux en mieux. Ainsi, au lieu du terme « cœliaquie », on peut entendre certaines personnes (et même parfois encore quelques professionnel.le.s) parler de :

  • La maladie cœliaque (traduit de l’anglais « celiac disease »)
  • La sprue tropicale ou sprue cœliaque (focale sur les réactions de diarrhées graisseuses et confusion avec les diarrhées de voyages)
  • La dermatite herpétiforme (focale sur les atteintes dermatologiques)
  • L’intolérance au gluten cœliaque (focale sur la potentielle intolérance enzymatique dont on sait désormais qu’elle est fausse)
  • La sensibilité au gluten cœliaque (focale symptomatique semblable à celle du Syndrome de l’Intestin Irritable ou SII)
  • L’entéropathie cœliaque (focale sur les atteintes intestinales uniquement)
  • L’ataxie au gluten (focale sur les atteintes neurologiques)

La cœliaquie est malheureusement aussi encore trop souvent confondue avec des pathologies bien distinctes, comme :

  • L’intolérance au gluten NON CŒLIAQUE (qui recoupe en réalité deux autres pathologies distinctes de la coeliaquie : le Syndrome de l’Intestin Irritable ou SII, et une toute nouvelle entité diagnostic datant de 2022, que sont les réactions immunitaires aux « AGE », acronyme pour « Advenced Glycation End Products », mais ça je t’en parle dans cet article)
  • La sensibilité au gluten NON CŒLIAQUE (qui n’est rien d’autre qu’un synonyme du Syndrome de l’Intestin Irritable ou SII)
  • Le Syndrome de l’Intestin Irritable (qui n’a rien d’une réaction immunitaire et qui ne nécessite nullement l’éviction totale du gluten, je t’en parle ici)
  • Le Syndrome du Côlon Irritable (qui est une forme plus précise du SII précédent)
  • L’allergie ou hypersensibilité au blé (qui est une réaction immunitaire IgE-médiée aux uniques protéines de blé)
  • Le SEIPA/SAMA/DCSI (qui sont d’autres pathologies intestinales faisant plus ou moins intervenir le système immunitaire, mais que nous connaissons encore assez mal, ainsi que d’autres intolérances enzymatiques congénitales)

Symptômes, facteurs de risques, comorbidités & complications

La similarité entre symptômes de la cœliaquie et ceux du syndrome de l’intestin/côlon irritable (SII ou SCI), ainsi que leur large éventail, a pour conséquence directe le fait que beaucoup de cœliaques s’ignorent et ne sont diagnostiqués qu’après aggravation de leurs symptômes et/ou conséquences des nombreuses carences nutritionnelles… Lors de mes études, nos enseignants parlaient déjà de prévalence en forme d’Iceberg (à savoir que la majeure partie des cœliaques passeraient sous les radars du dépistage car peu ou pas symptomatiques). Mais nous savons aujourd’hui qu’il faut penser à la cœliaquie devant un tableau symptomatologique évocateur, en cas de présence de facteurs de risques, de comorbidités et/ou de complications éventuelles (je te détaille tout ça plus bas)… Il faut entre autres penser à la coeliaquie devant un tableau évocateur de syndrome d’intestin irritable dont les symptômes ne s’améliorent pas après 6 mois de mise en place et de suivi hygiéno-diététique d’un régime transitoire de discrimination type « Low FODMAPS ».

Symptômes de la coeliaquie

Les symptômes sont les manifestations cliniques anormales et perceptibles qui permettent d’entamer des tests en vue d’un diagnostic de pathologie. Pour la cœliaquie, les symptômes sont (liste non exhaustive) :

  • selles irrégulières/constipation et/ou diarrhée chronique
  • SII/SCI non amélioré par les mesures hygiène-diététiques
  • douleurs abdominales récidivantes
  • carences nutritionnelles (toutes confondues)
  • prise de poids médiocre & retard de croissance
  • retard pubertaire, aménorrhée, fausses couches répétitives
  • fatigue chronique
  • appétit diminué & anémie ferriprive réfractaire
  • douleurs osseuses, fractures sur ostéopénie
  • syndrome hémorragique
  • aphtose buccale récidivante
  • hypoplasie de l’émail dentaire
  • éruption dermatologique herpétiforme
  • augmentation des transaminases

Facteurs de risques de la coeliaquie

Les facteurs de risques sont les conditions qui favorisent le déclenchement d’une maladie. Pour la cœliaquie, c’est le fait (liste non exhaustive) :

  • d’avoir une prédisposition génétique (HLA DQ2 / HLADQ8)
  • d’avoir été soumis à un stress physique et/ou mental particulier
  • d’avoir souffert d’infections virales (rota-, adéno-, corona- virus)
  • d’avoir souffert d’infections bactériennes (clostridium D,…)
  • de souffrir déjà d’autres autres maladies auto-immunes
  • de souffrir d’un SII/SCI (syndrome de l’intestin/côlon irritable)
  • de ne pas avoir été allaité suffisamment
  • de ne pas avoir été diversifié correctement
  • d’être né.e par césarienne
  • d’avoir reçu des traitements antibiotiques
  • d’avoir souffert ou de souffrir de dysbioses intestinales / SIBO
  • d’avoir une personne cœliaque apparentée de 1er degré
  • d’avoir une basse qualité de vie / que cette dernière se détériore

Comorbidités de la coeliaquie

Les comorbidités sont les pathologies & conditions retrouvées plus fréquemment dans une population particulière par rapport à la population générale. Pour les patients et patientes qui souffrent de cœliaquie, on retrouve d’avantage de (liste non exhaustive) :

  • diabète de type I
  • de déficit en IgA
  • de thyroïdite auto-immune
  • d’hépatite et de cholangiopathies auto-immunes
  • d’arthrite juvénile
  • de syndrome de Turner
  • de syndrome de Williams
  • de trisomie 21

Complications de la coeliaquie

Les complications sont les pathologies et conditions qui apparaissent de manière secondaire, suite à l’absence ou mauvais traitement d’une pathologie initiale. Pour les patients et patientes cœliaques, il s’agit de (liste non exhaustive) :

  • carences nutritionnelles (srtt Fer, vit.B9/B12, vit.D, Zn,Ca…)
  • diabète de type 2
  • évolution staturo-pondérale insatisfaisante
  • autres maladies auto-immunes (foie, pancréas, thyroïde)
  • MICI (maladies inflammatoires de l’intestin)
  • Troubles socio-psychologiques
  • cancers (en particulier les lymphomes)

Hygiène de vie, qualité des « 1000 premiers jours », stress, surconsommation d’aliments ultra-transformés, avec notamment la mise en cause de l’effet de certains additifs (émulsifiants, colorants, conservateurs, édulcorants, exhausteurs de goûts…) sur la santé du microbiote intestinal, changements de compositions ou infections du microbiote intestinal, changements hormonaux majeurs (adolescence, grossesses, allaitements, ménopause), antibiothérapies et autres traitements pharmacologiques qui impactent sensiblement le microbiote intestinal, expositions à certaines molécules de l’environnement (PEBs)… Beaucoup de facteurs que l’on suppose liés au déclenchement de la maladie cœliaque sont pour l’heure encore de l’ordre d’hypothèses à l’étude. Nous ne savons malheureusement toujours pas, ni dans quelles mesures, quels facteurs précis sont vraiment responsables du déclenchement de la maladie chez certains membres d’une même famille et pas chez d’autres.

Diagnostic

Le diagnostic de la cœliaquie se fait pour l’heure encore, sur base :

  • d’une histoire clinique et d’un tableau symptomatique évocateur
  • d’un test sanguin pour doser des anticorps totaux et plus spécifiques
  • d’une biopsie par voix endoscopique
  • (éventuellement d’un test génétique HLA qui peut aider lorsque le cheminement classique n’est pas possible)

Les marqueurs sanguins de la coeliaquie sont une élévation et une présence des IgA spécifiques (anti-transglutaminases et anti-endomysium) sous consommation de gluten. En effet, si le ou la patiente entame sont diagnostic tout en ayant arrêter de consommer du gluten, le diagnostic devient alors impossible… Il est donc TRÈS important de faire le diagnostic de la coeliaquie sous consommation de gluten. On estime que la consommation moyenne doit être d’environ 2 tranches de pain normal par jour durant les 6 à 8 semaines qui précèdent les tests diagnostiques. Par ailleurs, il est aussi nécessaire de faire un dosage des IgA totaux car la population cœliaque est d’avantage concernée par le déficit congénital en IgA totaux, ce qui peut fausser le comptage des IgA spécifiques… On sait aussi que cette déficience en IgA totaux est plus fréquente mais transitoire chez les nourrissons de moins de 24 mois.

La biopsie quant à elle, se fait généralement sous anesthésie générale et dure environ 30 minutes. Le ou la patiente reste ensuite en observation quelques heures, sans complications, le tout se fait assez rapidement en one-day clinique et en moins d’une journée. Seulement, pour préparer cette biopsie, les patients doivent au préalable respecter un protocole diététique et pharmacologique très précis durant les 48 à 72h avant cette intervention afin de nettoyer la lumière intestinale et permettre aux spécialistes de faire leur travail de manière optimale le jour J. Ce protocole de préparation à l’endoscopie (ou colonoscopie selon les besoins) peut changer quelque peu selon les CHU/cliniques, mais consiste globalement à limiter l’alimentation et à consommer des solutions de lavement en quantités précises, prescrites par le gastroentérologue quelques jours ou semaines avant. Durant cette intervention, environ 4 échantillons de muqueuse intestinale sont prélevés sur des portions précises de l’intestin et sont ensuite étudiées en service d’anatomopathologie, lequel va pouvoir identifier les caractéristiques, la qualité et la quantité de plusieurs marqueurs de la cœliaquie dans les échantillons donnés. Ainsi, selon l’état d’avancement de la maladie, ces échantillons seront classés sur une échelle dite de MARSH et allant de I à IV selon le stade de destruction de la muqueuse intestinale.

Même si cette biopsie reste le Gold Standard du diagnostic de cœliaquie, puisqu’elle permet d’apprécier l’état d’avancement de la maladie et d’écarter les cas de faux-négatifs en cas de déficits en IgA, elle présente un certain coût financier et expose à certains risques de par son caractère quelque peu « invasif »… Aussi, l’ESPGHAN a décidé dernièrement (sur base d’une étude approfondies des données scientifiques actuelles) de faire évoluer justement ces critères pour le diagnostic de cœliaquie chez les enfants de moins de 18 ans.

Désormais, un diagnostic de cœliaquie, peut être posé chez les enfants de moins de 18 ans simplement par une prise de sang et sous les conditions suivantes :

  • présenter un tableau diagnostique évocateur de cœliaquie
  • présenter des taux de tTG-IgA (IgA anti-transglutaminase) >10 fois la limite supérieure de la normale
  • présenter des EMA-IgA (IgA anti-endomysium) positifs

Traitement

La cœliaquie n’ayant aucun traitement curati, la seule solution efficace et probante dont nous disposons actuellement pour stabiliser la maladie cœliaque et en maîtriser l’évolution et les conséquences, reste le traitement symptomatique qui consiste en un régime alimentaire strictement sans gluten (RSG), suivi à vie. Ce régime, par l’exclusion (on dit aussi « l’éviction ») totale des céréales contenant les gliadines formant le gluten au contact de l’eau, permet à la muqueuse intestinale de ne plus s’autodétruire. S’en suit le plus souvent, une phase de régénération de cette muqueuse et par conséquent l’amélioration de ses diverses fonctions digestives et métaboliques.

Le temps qu’il faut à une personne cœliaque pour récupérer une bonne fonction digestive, dépend évidement du stade de sévérité de sa maladie avant son diagnostic et le début de son éviction du gluten, mais on considère qu’en moyenne la plupart des patients et patientes récupèrent une bonne muqueuse intestinale endéans l’année post diagnostic, à condition que le RSG soit évidement scrupuleusement respecté. La plupart des cœliaques gardent néanmoins une certaine fragilité intestinale et sont souvent sujet de surcroit à un syndrome de l’intestin irritable. Toutes ces raisons justifient amplement que l’ESPGHAN et autres institutions scientifiques recommandent un suivi médical et diététique sérieux des cœliaques, et en tous cas au minimum à 3-6 mois du diagnostic, puis ensuite au moins une fois par semestre ou par an, selon les besoins de chaque patient.e. Les contrôles des taux d’IgA doivent se faire une fois par an et un contrôle endoscopique est recommandé tous les 5 ans. C’est aussi la raison pour laquelle en Europe, les systèmes de santé remboursent une aide forfaitaire d’environ 40 euros mensuellement sous condition de présenter un dossier médical reprenant ces contrôles médicaux réguliers afin de garantir le suivi d’un maximum de cœliaques.

Les complications sont rares mais peuvent être assez graves lorsque la maladie apparait à un très jeune âge, lorsqu‘elle n’est pas diagnostiquée assez rapidement (particulièrement dans les formes discrètes), ou que le régime d’exclusion du gluten est mal suivi.

La définition était trop dense ou confuse pour toi ?

Tu ne comprends pas trop ce que vient faire ici l’immunité, les protéines et cette histoire de « villosités » ?

Je te décompose et te reprends les points clés de cette définition

Ça veut dire quoi une « maladie auto-immune » ?

Il faut savoir que le système immunitaire est en principe prévu pour combattre des entités étrangères ou inutiles du corps humain (parasites, bactéries et virus pathogènes, cellules en fin de vie ou dangereuses etc.). Or il se peut que notre système immunitaire dysfonctionne et commence à viser des cellules tout à fait saines et utiles, voire indispensables au bon fonctionnement du corps humain, c’est ce qu’on appelle les maladies « auto-immunes ». C’est ce qu’il se produit lorsqu’une personne est cœliaque : son propre système immunitaire, en présence de gluten, déclenche une réaction inflammatoire, cible et détruit des cellules tout à fait saines qui constituent ses propres parois intestinales !

Ça veut dire quoi « des micro-villosités et villosités de l’intestin grêle » ?

Ici, il faut savoir que pour pouvoir fonctionner et absorber correctement les nutriments de notre alimentation, notre lumière intestinale (l’intérieur du tube), est tapissée de petits replis appelés « villosités intestinales », elles-mêmes recouvertes de villosités encore plus petites appelées « micro-villosités »… C’est une structure semblable à celle d’un essuie de plage, qui permet de décupler la surface d’absorption de notre intestin grêle. Il parait qu’une fois totalement dépliée et mise à plat, notre muqueuse intestinale recouvrirait environ une surface de 32m2 (soit la taille d’un jardin de 8 mètres de long sur 4 mètres de large). Ce sont tous ces replis et villosités constituant cette structure « en fractales » qui est abîmée, voire franchement détruite par le système immunitaire, lorsque l’on est cœliaque et que l’on consomme (par inadvertance ou non) du gluten. Ces atteintes intestinales provoquent évidemment des conséquences directes; mais d’autres plus indirectes et pernicieuses puisque l’intestin ne sait plus faire son job d’absorption des nutriments. De plus, si les atteintes intestinales sont ce qu’il y a de plus connu et de mieux étayé actuellement, les scientifiques ont dernièrement réalisé que ces réactions auto-immunes visaient aussi d’autres organes, notamment le foie, la thyroïde ou le pancréas.

Ça veut dire quoi « suite au contact de la muqueuse intestinale avec des protéines de certaines céréales » ?

Ici, ce sont des préalables de botanique, de biochimie et de chimie tout court, qu’il faudrait idéalement avoir en tête ! Mais pour te la faire simple, les graines de céréales se composent de glucides, de protéines et de lipides. Dans la partie protidique des céréales se trouve une famille de protéines majoritaires dites « prolamines ». Les prolamines qui posent problème dans la cœliaquie, sont « l’α-gliadine » pour le blé, la « sécaline » pour le seigle, et « l’hordénine » pour l’orge (« l’avénine » dans l’avoine aussi, pour une minorité de cœliaques). Lorsque nous utilisons en boulangerie les farines et graines de ces céréales particulières, leurs protéines (prolamines) se retrouvent libérées et en contact avec de l’eau. Elles forment alors une molécule insoluble, visqueuse et élastique (une vraie « glue ») qui permet aux produits de boulangerie de lever, gonfler et prendre forme très facilement. Cette matière collante et visqueuse a donc été appelée le GLUTEN pour ses propriétés semblables à de la glue. Mais le gluten n’est pas la cause de la cœliaquie elle-même, « il ne fait que » provoquer l’activation de la cœliaquie, une fois ingéré et au contact du système immunitaire de l’intestin. À chaque écart (accidentel ou volontaire) du régime d’éviction, le gluten ne fait donc en réalité qu’appuyer sur le bouton « ON » de la maladie auto-immune qui est alors repartie pour une nouvelle « phase aiguë » ou « phase de crise » de la pathologie. Il faudra alors attendre des semaines, voire des mois, de régime stricte et bien contrôlé sans gluten, avant de se ressentir à nouveau mieux. Comprends donc bien que faire le régime d’éviction stricte du gluten ne te guérira jamais ! Ce régime permet juste de faire taire plus ou moins efficacement (selon le respect du régime), cette maladie auto-immune qu’est la cœliaquie.

Bon, cœliaque ou pas, voici ce que tu peux retenir de cet article :

👉 Lorsqu’une personne cœliaque met du gluten au contact de sa muqueuse intestinale, son système immunitaire déclenche une cascade de réactions auto-immunitaires ayant pour conséquence directe la dégradation chronique (et plus ou moins importante) de sa propre parois intestinale, ainsi que des réactions plus discrètes mais non moins graves, comme des carences ou des syndromes inflammatoires chroniques pouvant mener à divers cancers et autres atteintes auto-immunes d’autres organes du corps mais aussi du système nerveux.

👉 Qui dit dégradation de la parois intestinale et maladie auto-immune chronique, dit aussi dégradation de l’organe le plus important de notre système digestif & immunitaire, et dit donc qu’il est plus que recommandé et surtout indispensable de se faire suivre par son médecin et son diététicien sur le moyen et long terme.

👉 La cœliaquie ne se guéri pas, les symptômes lorsqu’ils sont « gérables » se traitent uniquement dans le temps, par une éviction stricte et à vie du gluten. C’est la seule et unique manière d’espérer stabiliser la maladie et d’en freiner les dégâts. La présence de plus de 20ppm de gluten contenus dans la farine de blé, une miette de pain ou de tout autre produit contenant du gluten, suffit à déclencher à nouveau, ou à entretenir la dégradation de la muqueuse intestinale… Et c’est là aussi que tu oublies s’il te plaît les dangereuses légendes de « pilules, poudrés, ou encore tisanes magiques » qui permettraient soi-disant aux cœliaques de pouvoir consommer du gluten ponctuellement ! Il faut bien se caler dans le crâne que le gluten ne provoque pas la maladie cœliaque, la cœliaquie fait partie de nous et le gluten ne fait que l’activer !!! Avec ou sans gluten, lorsque la cœliaquie se déclenche dans la vie d’une personne, c’est pour la vie et l’on reste donc « cœliaque stabilisé » justement grâce au respect du régime d’éviction stricte des gliadines et du gluten de toute son alimentation et pour toujours.

👉 Il est vraiment très, TRÈS, très important de bien comprendre aussi que si tu n’es pas cœliaque toi-même mais que tu as une personne cœliaque dans ton entourage, il va falloir être TRÈS vigilant.e à ne pas la contaminer sous AUCUN prétexte ! De même pour les restaurateurs ou pâtissiers qui se lanceraient dans une activité estampillée « sans gluten », le respect de la stricte réglementation concernant ce type d’activités est à prendre très au sérieux sous peine de poursuites judiciaires plus que justifiées… L’environnement, les ustensiles de cuisine, les ingrédients achetés, utilisés, cuits puis entreposés, TOUT doit impérativement être pensé et vérifié pour qu’il n’y ait AUCUNE contamination croisée possible avec des céréales contenant des gliadines qui forment le gluten.

(Waip… Sur cette dernière bannière, c’est moi en plein rêve ! 🤦🏻‍♀️ En train de manger une délicieuse pizza artisanale, cuite au feu de bois, margueritta ou aux fruits de mer, avec de la sauce tomate bien juteuse, du thym et du basilic frais, de l’ail tout juste râpé, de l’huile d’olive bien goûteuse, le tout sur une pâte de blé mi-croustillante, mi-tendre, recouverte d’une poussière de semoule fine, parfaitement et rapidement prise par des flammes vives … 😭😭😭😔)
⚠️ BUT WORRIE NOT !!! La vie sans gluten, c’est pas la fin du monde non plus 😉 et puis d’ailleurs, des pizzas sans gluten c’est aussi possible et même très bon selon tes compétences culinaires (et quand bien même ça n’aura jamais le goût du blé, on ne va pas se mentir !). Donc si tu viens d’être diagnostiqué.e, tu peux lire [ceci] pour t’aider à faire le deuil de ta vie « gluten-euse », et me rejoindre aussi [ici] pour voir comment je me débrouille dans ma vie sans gluten depuis 2013! … 😉


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