يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا كُتِبَ عَلَيْكُمُ الصِّيَامُ كَمَا كُتِبَ عَلَى الَّذِينَ مِن قَبْلِكُمْ لَعَلَّكُمْ تَتَّقُونَ
« Ô croyants ! On vous a prescrit le jeûne comme on l’a prescrit à ceux d’avant vous, ainsi atteindrez-vous la piété »
Coran [s.2 – v.183]
Disclaiming : je vais traiter dans ce dossier d’un sujet qui me concerne directement dans mes croyances, et mêmes si ces dernières ne regardent que moi, certains pourraient naturellement trop vite en déduire que ce dossier (comme quelques autres) sera d’avantage biaisé par rapport au reste de ce site. Mais si l’objectivité totale et pure n’est pas de ce monde, sache que la science, factuelle, est aussi l’une de mes croyances les plus fortes et profondes, me poussant systématiquement et durant toute mon existence à identifier et mettre à l’écart tous les biais que je m’efforce de traquer en permanence lorsque je m’exprime avec autrui, que ces biais soient miens ou ceux des autres. J’y mets un point d’honneur d’autant plus important lorsqu’il s’agit de mon métier qui est de prévenir les risques, protéger et guérir la santé de mon prochain en apportant à son libre arbitre, des données probantes, utiles et nécessaires qui lui permettront ensuite de faire des choix aussi éclairés que possible. Par ailleurs, en plus de ma morale personnelle, ma déontologie médicale m’impose de RESPECTER les croyances et préférences de mes patients, quelles qu’elles soient (attention, respecter leurs croyances, ne veux pas pour autant dire les partager !) … Je ne me pose donc ici (et globalement sur tous les sujets touchant à la foi religieuse), ni en théologienne, ni en juriste d’un quelconque conseil religieux local ou international. Comme sur tout le reste de ce site, je ne parle au nom de personne et ne m’exprime donc uniquement qu’à titre personnel, en mes principales compétences de professionnelle de santé et en gardant en toutes circonstances, la santé humaine pour boussole.

Pas le temps de lire tout le dossier là tout de suite ? Pas de souci, prends l’un des raccourcis suivants :
- Définition
- De la théorie à la pratique
- Le Ramadan à l’épreuve de la science
- Ses effets observés sur la santé humaine
- Prendre conscience des différentes dimensions socio-culturelles et de la valeur spirituelle particulière du jeûne du mois du Ramadan pour les musulmans
- Conseils aux collègues professionnels de santé (en particulier pour les diététicien.ne.s)
- Conseils nutritionnels aux personnes en bonne santé
- Conseils nutritionnels aux personnes à risques ou malades
- Take away messages…
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Définition
Le jeûne du Ramadan est certainement l’un des jeûnes spirituels les plus connus et les plus pratiqués à travers le monde. Il porte le nom de « Ramadan » (de l’arabe : رمضان ), également orthographié Ramazan, Ramadhan ou Ramathan, (important à savoir si tu veux éventuellement faire des recherches bibliographiques complémentaires sur ce sujet), tout simplement en référence au nom pré-islamique du 9ème mois lunaire du calendrier (actuellement musulman) durant lequel il est observé. Mais tu pourras aussi retrouver l’usage du mot « as–siyam », « saoum » ou « sawm » qui désigne alors plus directement l’action de jeûner, indépendamment du mois de Ramadan.
De la théorie à la pratique
Ce mois sacré pour les musulmans (seul dont fait mention nommément le Coran), commémore la première révélation faite au prophète de l’Islam : Mohammed (sws). Le jeûne du mois de Ramadan est considéré comme l’un des cinq piliers de l’Islam et dure vingt-neuf ou trente jours, d’une observation du croissant de lune à l’autre. Tout au long de ce mois, les musulmans d’âge adulte et en bonne santé, pratiquent quotidiennement un jeûne sec « intermittent » qui dure de l’aube jusqu’au coucher du soleil. Traditionnellement, ce jeûne est rompu avec l’appel à la 4ème prière de la journée, celle du coucher du soleil ou salât al-marghreb, par un repas appelé « iftar » ou « ftour » qui peut se traduire en français simplement par « déjeuner ».
Durant cette période particulière de l’année, les musulmans pratiquants sont appelés à multiplier leurs prières, mais aussi à se recentrer sur des valeurs essentielles, telles la maîtrise de soi, la réflexion, la méditation, la modération et l’autodiscipline. C’est (en principe 😬) un mois spirituel, d’apaisement, d’humilité, de pardon, de bienveillance, de gratitude, de charité et de partage avec ses proches et son prochain, musulman ou non. Il se clôt par une aumône familiale obligatoire aux plus démunis (la zakkât), et une prière collective (salât de l’Aïd-al-fitr) et… de l’Aïd-al-fitr* à proprement parlé, l’une des deux principales fêtes musulmanes annuelles. (*peut se traduire en français par « fête du déjeuner » ou « fête des petits gâteaux » pour les amateurs de briwates et de cornes de gazelles aux amandes, parfumées à l’eau de fleurs d’orangers 😋)
Comme relevé précédemment, ce jeûne sec est donc observé du lever au coucher du soleil, et concerne tous les musulmans adultes en bonne santé, en sont exemptés : les musulmans adultes malades de façon chronique ou aigüe, ceux qui voyagent, ceux qui sont âgés, les enfants jusqu’à leur puberté et les femmes en périodes de menstrues (règles). Les femmes enceintes et/ou allaitantes ne sont pas tenues de jeûner elles non plus, pour des raisons assez évidentes de préservation énergétique et des risques éventuels liés au jeûne qu’elles encourent pour leur santé et/ou celle de leur bébé. Il faut aussi savoir que ce jeûne diurne physique et spirituel, concerne aussi l’abstention sexuelle, l’abstention de consommation de toute substance pouvant altérer la cognition et la conscience, ainsi que l’abstention de tout comportement violent ou répréhensible. Aucun traitement médicamenteux ne peut être pris, administré ou injecté, ce qui suit en toute logique l’exemption de jeûner des croyants pratiquants malades chroniques ou aigus. Ainsi le musulman durant ce mois lunaire, ne peut en journée, ni boire, ni manger, ni fumer, ni prendre de médicaments, ni mâcher du chewing-gum, ni sucer de pastilles pour l’haleine (oui ce sont des questions qui reviennent chaque année 😅), ni avoir de rapports sexuels, ni et ce en tout temps, se montrer agressif ou avoir tout comportement répréhensible (actes jugés comme tels par toutes les grandes religions bibliques comme mentir, voler, tromper, tuer, faire du mal à son prochain, musulman ou pas, d’une quelconque manière que ce soit etc.). Alors pour la pastille ou le chewing-gum pour l’haleine… J’imagine que c’est aussi une façon polie de demander à certains jeûneurs de respirer dans une autre direction que la leur, ce que je comprends totalement vu l’halitose décapante de certains. Il faut pourtant savoir que même si c’est en réalité la présence de corps cétoniques dans l’haleine qui provoque cette halitose typique du jeûneur, il n’est pas interdit aux musulmans de se brosser les dents ni de se rincer régulièrement la bouche (sans rien avaler) durant la journée (comme effectué lors des ablutions obligatoires avant chacune des 5 prières que compte la journée du jeûneur).
Un point important à faire remarquer ici : l’Islam étant une religion fondée sur la responsabilité personnelle de ses actes selon son propre libre arbitre, les musulmans n’ont pas de clergé, et seul compte la soumission aux préceptes divins (révélés par le Coran), respect des préceptes dont la qualité ne sera jugée qu’au moment du « jugement dernier ». Le musulman et chacun de ses actes sont donc uniquement soumis à sa propre conviction intime et à son rapport personnel avec Dieu* et ses préceptes, auxquels il choisit de croire et qu’il choisit d’appliquer en son âme et conscience (*qui est le même Dieu que celui des juifs, des chrétiens et plus généralement des monothéistes). Il n’y a donc AUCUN contrôle ni de « punition » en cas de manquement(s) de tous ces préceptes et règles, si ce n’est les lois de certains pays musulmans et traditions/pressions sociales communautaires.
La vie sociale pendant le mois de Ramadan est particulièrement importante : les familles reçoivent leurs proches ou des convives, et sont invitées à leur tour par leurs parents et amis. Les visites s’organisent principalement autour du repas de rupture du jeûne l’ « iftar » ou « ftour », ce qui a tendance à rendre ce repas généralement riche et traditionnellement festif (en mode Masterchef/Meilleur pâtissier), quitte à ce que cela devienne malheureusement quelque peu contradictoire avec la simplicité, la modestie et l’humilité recommandées durant ce mois. Les jeûneurs restent ensuite éveillés jusque tard dans la nuit pour multiplier leurs prières et tenter de manger et de boire autant que ce peut. Un dernier repas familial est généralement pris avant la prière de l’aube (sâlat al-fajr, qui est aussi la première prière du jour), laquelle sonne par conséquent le début de la journée de jeûne suivante, et ainsi de suite tout le long du mois.
Autres paramètre très important à prendre en compte quand on pense au Ramadan, n’en déplaise aux « platistes », l’axe de rotation de notre globe terrestre étant en légère inclinaison par rapport à l’orbite qu’elle suit autour de notre étoile, les durées de jours et de nuits peuvent considérablement varier selon le point GPS où tu te trouves à un temps T. Tu comprends donc que ce jeune sec intermittent, peut être tenu sur une durée allant du simple au double selon les latitudes, et donc les saisons durant lesquelles il est pratiqué d’année en année… Par exemple, il m’est arrivé très régulièrement, ces dernières années (avec la coïncidence du Ramadan avec l’été de l’hémisphère Nord et pour peu qu’on ne puisse manger que le seul repas de l’iftar), de jeûner plus de 22 heures sur 24, alors que lorsque j’étais plus jeune et que le Ramadan coïncidait plutôt avec l’hiver européen, nous ne jeûnions en revanche qu’une dizaine d’heure sur 24 ( je pouvais alors prendre mon petit déjeuner avant d’aller à l’école, et rentrer manger pour le goûter-iftar vers 16h30 ! 😋).
Comme tu le sais ou le devines déjà peut-être, le Ramadan n’est donc pas systématiquement synonyme de restriction calorique (j’ai d’ailleurs beaucoup hésité à savoir où classer mon dossier sur ce type de jeûne intermittent et ses articles satellites). Il n’est pas rare que par réponse compensatoire à la journée de privation (restriction cognitive) ainsi que par la nature festive des repas, les apports caloriques journaliers du jeûneur soient même supérieurs à ses apports journaliers habituels en dehors du mois de Ramadan. Couplé à l’asthénie, au manque d’exercices et au manque de sommeil, il est malheureusement fréquent de voir nombre de jeûneurs prendre du poids durant cette période (les études montrent que les femmes seraient d’ailleurs plus concernées par ce phénomène que les hommes).
BÉNÉFICES / RISQUES DU RAMADAN
Le Ramadan à l’épreuve de la science
Les musulmans étant une population aussi diverse et variée que peut l’être l’ensemble de l’humanité, les repas pris durant se jeûne spirituel intermittent, peuvent être très éclectiques, que ce soit en termes de qualité qu’en termes de quantité, selon les cultures et les régions, mais aussi selon les moyens économiques et les différents contextes géopolitiques pouvant impacter l’alimentation des sociétés et donc des jeûneurs… Il est dès lors très difficile d’obtenir des données standardisées et suffisantes que pour pouvoir étudier « le Ramadan » et ses différents effets sur la santé humaine, comme s’il s’agissait d’une pratique uniforme, lisse et homogène, pratiquée par une population tout aussi monolithique; à fortiori quand on rajoute à tout cela les incalculables composantes génétiques et épigénétiques.
Par conséquent, le jeûne du mous de Ramadan fournit un paradigme de recherche important pour étudier ses effets sur la santé chez l’homme. De plus, parmi les nombreuses données disponibles, beaucoup sont le fruit d’études faites dans des pays musulmans, ce qui pose certainement la probabilité de biais supplémentaires, que ces derniers soient conscients ou non (comme mon dossier peut l’être aussi, ok, oui, d’accord 🙄, saches juste que mon logiciel de vie est précisément d’identifier et de minimiser en permanence tous les biais possibles et imaginables, même s’il en reste TOUJOURS)… Cependant, grâce à ma curiosité insatiable et à mon opiniâtreté (et surtout grâce à quelques bonnes databases), j’ai tout de même trouvé quelques données intéressantes et probantes m’ayant permis d’étayer ce dossier et ses articles satellites ! 🤗
Les jeûnes intermittents, souvent observés dans le but d’améliorer les conditions de santé et l’espérance de vie des gens, ont en réalité fait l’objet d’une myriade d’études ces vingt dernières années, mais le jeûne intermittent du Ramadan se distingue sensiblement des autres types de jeûnes par l’abstention de toute hydratation durant les longues journées de jeûnes et par le fait qu’il soit spirituel. Ce dernier point est essentiel car il implique un facteur supplémentaire non négligeable d’effets bénéfiques directement liés aux prières et à la méditation, indépendamment de la privation de nourriture.
Un autre paramètre de taille est à prendre en considération avec ce jeûne spirituel, est qu’il s’accompagne toujours d’un changement des habitudes alimentaires et d’une propension à consommer d’avantage d’aliments riches en graisses saturées, en sucres rapides, en fritures, en cholestérol LDL et en produits ultra transformés. Ce phénomène est parfois renforcé par un réflexe compensatoires des privations de la journée, ainsi que par le caractère festif des longs repas de soirée en famille (et de la concurrence parfois malsaine entre cuisiniers/ères d’une même famille). Or ce type d’habitudes alimentaires peu recommandé peut présenter à lui seul un facteur de risque plus important de développer des troubles sériques, voire exacerber des maladies cardiovasculaires, une obésité ou un diabète de type 2. Il semblerait cependant que pour une population saine et moyennant un suivi hygièno-diététique professionnel, ce type de jeûne intermittent peut avoir quelques bénéfices santé comme un abaissement modéré de l’IMC ainsi que des symptômes qui caractérisent le syndrome métabolique. Pour tes recherches bibliographiques il faudra donc aussi penser à chercher avec les mots clés suivant : [Ramadan] ou [Ramadhan] +
- Intermitent Fasting : [IF]
- Time Restricted Fasting : [TRF]
- Alternate Day Fasting : [ADF]
- Restricted Day Intermittent Fasting : [RDIF]
Ses effets observés sur la santé humaine
La compilation et le traitement de nombreuses études désormais disponibles sur le sujet, ont donc permis la publication de plusieurs méta-analyses et revues systématiques de la littératures récentes concernant divers effets du Ramadan sur diverses populations, diverses pathologies, et dans divers contextes… Les ressources que j’ai utilisées pour éclairer ce dossier sont [ici]. Voici ci-dessous les nombreux effets relevés dans cette littérature, avec des niveaux de preuve relativement variables, souvent peu élevés, et surtout non durables dès la reprise des habitudes alimentaires et habitudes de vie « normales », une fois le Ramadan terminé.
| Effets favorables modérés du Ramadan | Effets défavorables conditionnés* du Ramadan |
| Abaissement de l’HTA | Dyslipidémie |
| Abaissement de la glycémie | Augmentation sérique du cholestérol LDL |
| Abaissement des troubles inflammatoires | Hypoglycémie ou hyperglycémie |
| Diminution du BMI | Hyperuricémie |
| Perte de poids (notamment de masse grasse supérieure chez les hommes VS femmes) | Calculs rénaux |
| Diminution du syndrome métabolique | Augmentation du BMI |
| Baisse du tabagisme | Prise de poids |
| Baisse de la consommation de thé et de café | Système immunitaire altéré |
| Effets bénéfiques de la méditation | Tissu adipeux sous-cutané inchangé malgré la perte de poids |
| Amélioration de la santé physique | Perte de tissus musculaires |
| Amélioration de la santé affective | Reflux gastro-œsophagien |
| Constipation | |
| Déshydratation | |
| Cystites | |
| Troubles cardio-vasculaires | |
| Troubles hépatiques | |
| Troubles hormonaux | |
| Troubles du sommeil | |
| Troubles cognitifs | |
| Troubles de l’humeur | |
| Migraines et céphalées | |
| Stess | |
| Nausées et vomissements | |
| Asthénie | |
| Malaises | |
| Halitose |
Sur la base de l’analyse des preuves tirées de nombreuses études, il sembleraient que les habitudes alimentaires malsaines, les différences culturelles et environnementales importantes, les effets des rythmes circadiens sur le les systèmes nerveux central et périphérique, et les conditions de santé sous-jacentes préexistantes, jouent un rôle clé en tant que facteurs contributifs dans la détermination des résultats sanitaires du jeûne intermittent du mois du Ramadan.
En conclusion et sans surprise, ces données suggèrent dans leur ensemble que le jeûne intermittent spirituel du mois du Ramadan peut être aussi bien associé à des effets favorables que défavorables selon les nombreux contextes et particularités des populations qui l’observent (principalement distribuées au Moyen-Orient, en Europe, en Afrique, en Asie centrale, en Asie du Sud-Est et en Asie du Sud-Ouest). Pour faire bref : elles rapportent aussi quasiment toutes que si le Ramadan semble sans dangers pour les sujets sains, les groupes à risques doivent impérativement être surveillés de plus près.
La plupart des études mettent en avant le suivi diététique professionnel personnalisé comme un impératif, tant pour maximiser les effets bénéfiques de cette période de remise en question des habitudes alimentaires, que pour minimiser ses effets néfastes et réduire les risques de complications de santé qui peuvent éventuellement en découler. Cette période serait par exemple particulièrement propice à un sevrage tabagique. Ces études relèvent aussi qu’une consommation suffisante d’eau, tout au long des intervalles de non-jeûne est un facteur prépondérant pour la prévention des complications liées au jeûne. Quant au sport, maintenir durant ce mois un niveau d’activité physique régulier, faible à modéré, peut aussi favoriser ses effets positifs pour la santé. Enfin, ces données mettent aussi en évidence que les nombreux effets de « santé et bien-être » prêtés à ce mois de jeûne ne sont en réalité pas d’avantage imputables à la privation diurne de nourriture et d’eau, qu’à l’état d’esprit et à la dimension spirituelle-même du mois de Ramadan.
Chez le sujet sain, selon les données scientifiques dont nous disposons actuellement au printemps 2021, le jeûne du mois de Ramadan ne présenterait donc aucun risque sensible pour la santé générale, et peut même être sous certaines conditions, l’occasion de l’améliorer. Les « petits désagréments » comme la fatigue, les migraines, l’haleine (de poney*) ou les vertiges, ne sont d’ailleurs pas d’avantage inhérents au jeûne à proprement parler, qu’aux changements d’habitudes de vie qu’impose la réorganisation du quotidien autour de ce mois saint pour les musulmans : à savoir les horaires décalés et la limitation de l’alimentation et de l’hydratation, les prières physiques plus fréquentes, et le sommeil saccadé. (*enfin si, l’halitose est bien due pour sa part à la cétose, mais je rappelle encore ici qu’on peut se brosser les dents pour l’atténuer 😬🪥).
RAMADAN & DIÉTÉTIQUE
Prendre conscience des différentes dimensions socio-culturelles et de la valeur spirituelle particulière du jeûne du mois du Ramadan pour les musulmans
Le vrai souci que peut poser le jeûne du mois du Ramadan est naturellement les cas de personnes (très têtues) voulant jeûner malgré le fait qu’elles soient directement concernées par les différentes exemptions divines et parfois contre l’avis même de leur médecin. Des cas de figure cependant très compréhensibles quand on acte de la symbolique et de l’importance que revêt le jeûne de ce mois saint pour la communauté musulmane, mais aussi lorsqu’on pense à sa charge émotionnelle, culturelle, traditionnelle et familiale ! Il est en effet très dur d’une part d’accepter son statut « d’important au jeûne », et d’autre part, de se sentir en quelques sortes « exclu » du groupe familial dans l’effort quotidien du jeûne jusqu’au partage du déjeuner. C’est un sujet qui peut être très sensible à aborder avec certains patients. Mais de faits, chaque année de nombreux musulmans souffrant de problèmes de santé (principalement diabétiques et insuffisants rénaux) choisissent de jeûner quitte à se retrouver aux urgences, compliquer des pathologies pré-existantes (parfois simplement ignorées), ou pour les femmes enceintes et allaitantes, à prendre quelques risques directs pour leur santé et/ou celle de leur bébé, ou à hypothéquer la bonne poursuite de leur allaitement ainsi que leur santé et/ou celle de leur bébé sur le moyen/long terme.
Il est donc primordiale que les professionnels de santé soient bien formés à ces situations et qu’ils puissent travailler à l’information et la sensibilisation en amont avec ces populations considérées à risques. Il est aussi très important que les professionnels de santé puissent malgré tout leur fournir le soutien et les soins appropriés si nécessaire, en toute bienveillance et dans le respect de leurs choix et de leurs croyances (mon EBP n’est jamais très loin 😉). Ce que l’on peut rappeler à ces personnes malades ou particulièrement à risques (en dehors du fait que Dieu lui-même les en a explicitement exemptées), c’est qu’elles peuvent participer de diverses autres manières aux bonnes actions du mois du Ramadan au-delà du jeûne, en multipliant par exemple leurs prières et moments de méditation ou d’apprentissages, participer aux efforts collectifs et/ou associatifs de charité, proposer de garder des enfants/personnes âgées, partager ses savoirs ou savoirs-faire, multiplier ses efforts de respect des autres et de son environnement, proposer d’aider des associations locales d’aide aux plus démunis, revoir sa consommation et son impact citoyens à tous les niveaux etc.
Conseils aux collègues professionnels de santé (en particulier pour les diététicien.ne.s)
Les diététiciens.ne.s nutritionnistes, qui sont pour rappel les professionnels de santé légalement reconnus comme seuls experts en nutrition humaine, habilités à donner des conseils et faire des suivis nutritionnels auprès de la population, jouent évidement un rôle clé dans le suivi et l’éducation nutritionnelle des personnes qui souhaitent jeûner le mois du Ramadan. C’est une occasion privilégiée de communiquer avec les populations concernées, mais aussi avec les autres, afin de mieux appréhender les divers changements du quotidien vécus par les musulmans durant cette période, et pouvant encore poser quelques questions (c’est un peu ce que je suis en train de faire ici en fait ! 🤗). Ce mois de mise à l’épreuve physique et mentale est en effet très important pour les musulmans et peut donc s’avérer être parfois un sujet assez sensible à aborder de parts et d’autres (sans même prendre en compte la charge raciale qui peut vite s’inviter dans ce genre de sujet sans qu’on ne lui ait rien demandé 🙄). Cependant tu ne devrais en principe jamais rencontrer de vrai problème à suivre ces patients. Si l’alimentation joue certes un rôle central durant ce mois, elle reste aussi un vecteur majeur de convivialité culturelle globale et œcuménique commun à toute l’humanité. Donc avec un minimum de savoir être, de savoir-vivre ensemble, de respect et de bienveillance, dûs pour tous, et pour tout patient en toute consultation 👉 tout devrait bien se passer ! Pour t’aider, j’ai tout de même édité une petite brochure à télécharger gratuitement, à éventuellement imprimer et à distribuer à tes patients. Elle reprend brièvement l’essentiel à ne pas perdre de vue lorsqu’on veut jeûner.
Globalement, les recommandations diététiques sont celles de l’alimentation équilibrée à quelques focus près, donc si ton patient est en bonne santé, les recommandations écrites plus bas pourront aussi t’être utiles (si tu aurais oublié tes cours de traditions alimentaires). Un sport quotidien d’intensité faible à modérée est recommandé comme durant le restant de l’année, à ceci près qu’il est recommandé de le pratiquer après la rupture du jeûne. Les prières communes (taraweeh) qui peuvent durer plus d’une heure et qui se déroulent après le déjeuner du soir (iftar), impliquent des cycles répétés d’inclinaisons, de génuflexions et de prosternations, qui peuvent compter pour de l’exercice physique modéré, mais tous les jeûneurs ne les pratiquent pas tous les soirs. Aussi, il faudra rester alerte car certaines personnes, même en bonne santé, peuvent ne pas du tout pratiquer d’activité physique durant ce mois éprouvant. Or l’adoption d’habitudes alimentaires parfois malsaines, cumulée à la fatigue et au manque de sommeil, peuvent directement participer à une de prise de poids durant ce mois, malgré les privations du jeûne intermittent.
Si ton patient est malade, il faudra dans ce cas te poser la question de l’équilibre sensible entre [le respect des croyances et des volontés de ce dernier] et [ton éthique de soins]… C’est là que mon EBP est importante et nous revient à nouveau en boomerang ! 😉 C’est presque comme toujours : du CAS PAR CAS – sachant que dans tous les cas justement, tu travailles en principe en collaboration étroite avec son médecin traitant ou son spécialiste qui te dira ce qu’il en est de son état de santé, du suivi à privilégier, s’il est à même de jeûner ou non, et procéder peut-être à un éventuel réagencement de son traitement pour lui permettre de jeûner (je pense ici particulièrement aux diabétiques T2). Mais si tu penses que ton patient n’est pas en mesure de jeûner, il ne faudra pas hésiter à en parler avec son médecin et le lui dire très clairement et sans détours. Dans ces cas délicats il sera très utile de lui rappeler les exemptions religieuses, ainsi que les diverses autres manières de participer à ce mois spirituel différemment qu’en jeûnant. N’oublie pas qu’il en va de sa santé, de ton rôle et de ta responsabilité de professionnel.le de santé.
- Sur le plan de la santé physique, les études montrent que les risques sont limités pour les diabétiques de type 2 bien équilibrés et non insulino-dépendants. Pour les autres, le jeûne n’est médicalement pas recommandé (diabétiques T2 mal équilibrés ou sous insulines, insuffisants rénaux…). Pour toutes les autres pathologies, je te conseille de toujours vérifier les recommandations émises régulièrement sur la question du Ramadhan par les différentes institutions officielles et collèges de sociétés savantes.
- Sur le plan de la santé mentale c’est un peu plus compliqué ! Il me semble FOU de constater que PERSONNE n’en parle encore en 2021 en Europe, mais si tu penses que ton patient manifeste des risques de troubles du comportement alimentaire (TCA), il faudrait considérer selon moi le Ramadan comme un facteur de risque supplémentaire d’aggravation (voire d’élément catalyseur de ces troubles) pour certains profils (en particulier chez les ados et jeunes femmes). Le suivi ne pourra alors se faire qu’avec l’aide et l’expertise d’une équipe multidisciplinaire spécialisée dans la PEC des TCA (au moins : psychologue+médecin+diététicien). Autrement les seules choses qu’il me semble primordiales à rappeler éventuellement, c’est que l’on peut respecter les croyances d’autrui sans les partager, qu’on doit rester vigilants en tant que diététicien.ne.s à l’équilibre entre santé physique du patient et son besoin émotionnelle et spirituel de pouvoir participer à ce mois sacré avec sa famille et/ou une partie de sa communauté, en ne perdant jamais de vue sa santé physique.
Il est important de te rappeler enfin qu’en tant que diététicien.ne tu es amené.e en principe à rencontrer des patients de tous horizons ayant des cultures culinaires et des traditions alimentaires pouvant être très différentes. Il faudra donc veiller à t’informer suffisamment en amont quant à ces diverses particularités culturelles pour pouvoir y intégrer au mieux les recommandations générales en collaboration avec le patient. Généralement quand on fait cette démarche assez tôt dans la prise en charge, le patient n’en est que plus reconnaissant et compilant par rapport à toutes nos remarques, c’est donc naturellement un très bon moyen d’améliorer nos relations soignant-soigné, et par conséquent la qualité-même de la prise en charge nutritionnelle et du suivi diététique. Sur Instagram, un tas de diététicien.ne.s du monde entier partagent désormais leurs savoirs et expériences en la matière, pense donc aussi à corriger ou revoir ton feed pour rendre l’utilisation de ces RS plus vertueuse pour l’humanité 😉 Je t’invite à regarder déjà sur ce site combien les repas de déjeuner « iftar » du Ramadan, peuvent être différents selon les cultures 😋


🍽 🍱🥗🧆🥬🥙🥭🍎 https://apimagesblog.com/blog/2014/07/28/ramadan-iftar?rq=Ramadan (tu vois ci-dessus en passant le curseur de gauche à droite, comment certains se nourrissent principalement de glucides simples et de fritures, pendant que d’autres consomment d’avantage de fruits frais et de salades, ne comptes pas sur moi pour te dire lesquels pourraient faire un effort pour leur santé ! 😇)
Conseils nutritionnels aux personnes en bonne santé
Il est utile de consulter un.e diététicien.ne avant ou pendant le Ramadhan pour qu’il puisse te fournir de précieux conseils sur la meilleure façon d’adapter les recommandations générales à tes habitudes personnelles ou familiales durant ce mois de Ramadan. Ce sera éventuellement aussi l’occasion de revoir des notions essentielles relatives à l’alimentation de pleine conscience, l’écoute de ses signaux de faim et de satiété, apprendre, revoir, corriger ou enrichir certaines techniques culinaires pour les rendre plus saines et adaptées au jeûne.
J’ai l’impression d’enfoncer encore des portes ouvertes, mais avoir une alimentation qualitative et quantitative saine, variée et bien équilibrée est d’autant plus important quand on veut maintenir la santé d’un corps qu’on choisi de priver délibérément de nourriture et d’eau durant de longues plages horaires, surtout lorsque le jeûne intermittent sec du Ramadan coïncide comme ces dernières années, avec les longues journées d’été et de printemps (parfois jusque 22h de jeûne sur 24h pour peu qu’on ne soit pas un grand mangeur). L’intégration de repas équilibrés et d’une hydratation adéquate et suffisante est donc essentielle pour tenir ce jeûne un mois entier durant, sans provoquer de dégâts collatéraux ni faire apparaître de pathologies sous-jacentes.
Avec l’appel à la 4ème prière de la journée, celle du coucher du soleil (salât al-maghreb), les musulmans suivent la tradition prophétique de rompre leur jeûne avec quelques dattes et un grand verre d’eau avant d’aller faire leurs ablutions, prier, et revenir manger un repas complet. Les dattes, qui sont pour rappel des fruits secs (et non des fruits oléagineux) représentent une source rapide d’énergie fournie directement sous forme de glucose, de fructose et de saccharose (en proportions très variables selon les variétés), mais aussi quelques fibres ainsi que quelques micro-nutriments, c’est donc une excellente manière de rompre le jeûne à condition de ne pas en manger de trop (3 pièces pour un adultes sont suffisantes).
Le déjeuner (iftar) se compose d’une large variété d’aliments et de repas-buffets selon les contextes culturelles et socio-économiques de chaque famille. Le dernier repas (souhur) pris avant le lever du soleil est quant à lui souvent composé des restes du déjeuner du jour-même et est parfois tout aussi complet selon les appétits des uns et des autres. La religion musulmane recouvrant des zones géographiques très larges, chaque région voit ses propres spécialités préparées pour ce mois très spécial : spécialités iraniennes, marocaines, algériennes, tunisiennes, arabes, indonésiennes, chinoises, malaysiennes, jordaniennes, syriennes, irakiennes, pakistanaises, afghanes, thaïlandaises, turques, tchétchènes, kosovares, maliennes, sénégalaises, ivoiriennes… De qualités nutritionnelles pouvant être vraiment très variables, elles incluent malgré tout la plupart du temps des pâtisseries frites et enrobées de miel ou de de sirop (chébakiya, briwattes, samosas, hellwa shamiya, baklava etc.).
Quelles que soient tes traditions culinaires et culturelles, les recommandations nutritionnelles sont TRÈS simples, pourvu qu’on ait accès à de l’eau potable et que l’on ait le privilège de pouvoir s’acheter des aliments frais et variés. Dans tous les cas, garde en tête que ce que l’on cherche à éviter durant ce mois de jeûne reste principalement :
- la déshydratation
- la constipation
- les cystites
- les calculs rénaux
- la prise de poids
- la perte de masse maigre (perte musculaire)
- une fatigue trop importante
- des troubles du sommeil
Et pour limiter les risques d’y être confronter, il faut :
- veiller à maintenir une activité physique modérée, pratiquée (durant ce mois) de préférence après la rupture du jeûne pour éviter tout malaise dû à une hypoglycémie ou à la déshydratation.
- veiller à boire suffisamment d’eau et de tisanes légères le soir. On peut facilement augmenter sa consommation hydrique en mangeant des aliments contenant beaucoup d’eau comme la pastèque, le melon, les concombres, les tomates et globalement tous les fruits et les crudités.
- veiller à manger quotidiennement des aliments riches en fibres, vitamines, minéraux et oligo-éléments comme les potages et soupes (légères sans farines) et les salades de légumes et de fruits frais.
- veiller à consommer entre le déjeuner et un à deux repas complets composés de légumes cuits avec un peu de matière grasse, des féculents complets (riz, pain, pâtes), des légumineuses (poêlées ou grillées au four), des protéines (cuites rapidement à la poêle, à la vapeur ou grillées au four), ainsi que quelques collations saines comme des produits laitiers, des fruits secs et oléagineux.
- veiller à manger lentement en savourant son repas, en étant attentif aux ressentis et en consommant des quantités modérées (cf. exercices de pleine conscience).
- éviter de consommer des boissons caféinées telles que le café et le thé, la caféine pouvant provoquer chez certaines personnes un besoin plus fréquent d’uriner et donc un risque réel d’accélérer la déshydratation, quant aux boissons sucrées (gazeuses ou plates) elles sont fortement déconseillées comme durant tout le restant de l’année, car elles apportent trop de sucres simples et favorisent la constipation. Je rappelle ici que les jus de fruits sont AUSSI des boissons sucrées dont il faut limiter le plus possible la consommation et/ou la réserver aux occasions festives (OUI ! Même les jus de fruits frais bios pressés soigneusement avec tout l’amour du monde !). Les « jus de légumes » sont eux aussi à éviter ! Exit ton Super-Extractor 3000 qui concentre bien trop de minéraux et oligo-éléments, favorisant donc la diurèse et la déshydratation, sans parler du risque accru de troubles types lithiases rénales etc.
- éviter les fritures, les plats trop gras et difficiles à digérer, les aliments ultra transformés du commerce.
- éviter de même les pâtisseries trop sucrées et frites mangées systématiquement tous les soirs, ou en quantités déraisonnables, quand bien même certaines sont irrésistibles ! 😋
- éviter les aliments riches en sel qui vont aussi avoir tendance à augmenter les pertes d’eau : olives, cornichons, charcuteries, sauces industrielles, fromages trop salés.
- veiller à dormir suffisamment, quitte à apprendre à faire des micro-siestes de jour !
Donc même si les quelques spécialités culinaires du Ramadan sont plus que les bienvenues sur les tables durant ce mois, garde juste à l’esprit que ton corps, après de longues journées de privations, a d’avantage besoin d’être hydraté en suffisance (d’eau), et d’être nourri avant tout d’aliments de bonne qualité nutritionnelle comme ceux que tu peux voir dans le diaporama ci-dessous. Enfin n’oublions pas que le Ramadan étant considéré comme une période propice à la pratique et au renforcement de la maîtrise de soi, de l’autodiscipline et de la modération (bonnes en toutes choses et et en toutes circonstances); il serait bon d’appliquer ces préceptes tout spécialement autour des repas nocturnes et d’ailleurs tant qu’à faire, tout le restant de l’année aussi 😇! Pour garder l’essentiel sous les yeux durant ce mois sacré et avec les difficultés supplémentaires liées au confinement de la crise sanitaire que nous traversons, do not forget que j’ai édité une petite brochure simple et gratuite que tu peux directement télécharger et imprimer chez toi 🤗
Conseils nutritionnels aux personnes à risques ou malades
Je comprends que certains patients ayant jeûné toute leur vie adulte, ont beaucoup de difficultés à envisager de ne pas jeûner durant ce mois par pathologie, grossesse, allaitement ou vieillesse , mais encore une fois il faut ici faire preuve d’une bonne dose d’humilité pour ne pas laisser des traditions ni certains affects sociaux prendre le dessus sur des situations sanitaires qui je le rappelle, sont à elles seules des justifications amplement suffisantes d’exemption au jeûne, sans AUCUN débat. Pour ces populations à risques, il faudra clairement évaluer ces derniers en fonction de chaque situation individuelle et pour ne pas le regretter, ne jeûner qu’avec l’aval, le suivi et la responsabilité de son médecin traitant (ou de sa sage-femme ou obstétricien.ne). N’oubliez pas encore une fois que les dimensions spirituelles de ce mois sacré dépassent bien largement le seul jeûne alimentaire, et que Dieu agréé nos bonnes actions et intentions, AMEN ! 🤲
Take away messages…


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